L'Engagement
- Alice Le Scouarnec

- 15 sept. 2025
- 4 min de lecture
Chaque concept est une énergie avant d’être une perception mentale.
Parler d’engagement ne peux se justifier par le fait d’être présent dans une relation, dans un job, dans un lieu.
Être « là », ce n’est pas forcément « être engagé.e ».
Certaines personnes fonctionnent par défaut à l’engagement, car construire les nourrit. D’autres n’y vont jamais, par peur de se retrouver enfermées.
Je fais partie de cette deuxième catégorie. Pourtant je ne me suis jamais perçue comme cela. J’ai toujours été dans des relations sentimentales dans la durée, je suis fidèle en amour comme en amitié. Je n’ai pas un profil de dilettante a priori. Lorsque j’ai débuté un job c’était toujours pour y rester et construire. Du moins c’est ce que je me disais.
A priori, j’ai donc l’air engagé. En tout cas, jamais je ne me serais vue comme quelqu’un qui ne l’est pas.
Et pourtant, cette année c’est la première fois que j’ai senti l’énergie de l’engagement.
Cette énergie qui dit que quoi qu’il arrive je resterai sur la voie en question, dans le lien en question.
Cette énergie qui fait que je ne fuirai plus.
C’est en découvrant et ressentant pour la première fois ce que c’était que j’ai compris que jusque là je ne le vivais pas.
Elle est apparue, comme une évidence. Je sens bien que je n’ai plus le choix. Je sens bien que si je n’épouse pas la voie qui est la mienne, je meurs intérieurement. Je n’ai d’autre choix que de m’engager. Une décision qui s’impose à moi, contre laquelle je ne peux lutter et que tout mon être appelle en même temps.
M’engager me pousse à accepter ce que mon ego redoute profondément : l’inconfort.
Et là encore, lorsque je fais le bilan de ma vie, je ne me serais jamais dit que j’étais quelqu’un qui fuyait l’inconfort.
Pourtant si. Je fuis certains inconforts et j’en épouse d’autres.
Je contrôle les inconforts auxquels je me frotte.
Accoucher naturellement et faire face à toutes les peurs liées au fait de vivre la naissance de mes enfants, même seule s’il le fallait, était confortable. Une initiation qui présentait un degré d’inconfort confortable.
Prendre ma responsabilité dans tout ce que je vis, là encore, il y a eu quelque chose de presque facile même si cela m’a fait traverser des expériences inconfortables et parfois même douloureuses.
Et alors que je vivais cela, je me racontais que j’étais quelqu’un qui plongeait, qui allait en profondeur.
Mais c’était faux.
Ou plutôt c’était en partie vrai, car totalement contrôlé.
J’allais où l’inconfort restait acceptable, gérable, maîtrisable.
Je restais là où je savais que je ne perdrais pas totalement pieds.
D’ailleurs je pense que cela a joué dans la manière dont se sont déroulés la naissance de mes enfants. Pour chacune des expériences, le contrôle est intervenu au moment de tout lâcher. Pour chacune des expériences, j’ai su a posteriori que je n’avais pas totalement lâcher. Je comprends mieux pourquoi.
Aujourd’hui je prends conscience de mes résistances à aller là où l’inconfort est maximal.
Cette résistance bloque mon engagement.
Inconsciemment, je résiste, j’ai peur, une angoisse latente due à la perte de contrôle.
L’engagement n’est pas véritable et se transforme en présence.
Je suis là mais de manière conditionnelle.
Aujourd’hui je sens que je résiste encore à aller dans ces espaces où je pourrais perdre ce contrôle, cette sécurité.
Sauf que bien sûr, je sens bien aussi que mon chemin est justement là où l’inconfort est maximal pour mon égo.
Je sais de plus en plus faire la différence.
Il n’est pas pour autant question de se faire mal pour se faire mal, ou de se faire mal pour la satisfaction de maintenir un engagement dans une situation qui est déjà morte. Ici encore, c’est un mécanisme qui relève plus du confort de l’égo. Certes cela fait mal (et donc est inconfortable), mais c’est un inconfort qui peut aussi être rassurant, à sa manière.
Certains doivent accepter l’inconfort là où d’autres sont appelés à suivre le plaisir. Se retrouvent ici, les deux facettes que je mentionnais plus haut.
L’inconfort dont je parle n’est pas forcément douloureux.
Il peut. Mais cela ne dure pas (à moins vraiment de résister comme un.e forcené.e)
Cet inconfort est celui qui nous conduit vers nous-même.
Il s’accompagne d’une libération, d’une respiration, d’une circulation de la vie à l’intérieur de nous.
Aussi inconfortable, voire angoissant soit-il, il porte, il élève.
Cette sensation le rend lumineux et vibrant et même excitant voire jouissif.
En cela, il diffère de la douleur de l’acharnement, qui, lui, conduit à la mort intérieur et au vide existentiel.
Je repense à cet homme il y a environ 7 ans qui m’avait recommandé le livre « Éloge de la fuite » de Henri Laborit. Je me souviens que le titre avait vibré en moi sans véritablement savoir pourquoi (et sans creuser non plus d'ailleurs). Je m’étais dit qu’il serait intéressant de le lire et que ça me ferait peut-être du bien (moi qui me voyais comme qqn qui a du mal à « lâcher »). Je m’étais empressée de l’acheter, même si je ne l’ai pas lu pour autant. Je me souviens comme le titre me procurait une douce sensation de confort.
Je ris aujourd’hui en découvrant que contrairement à ce que je me racontais ce titre venait conforter mon ego dans mes mécanismes plus qu’autre chose. Je l’ai toujours, je ne l’ai toujours pas lu et je ne le lirai probablement jamais.
« No more running » une phrase tirée d’un film que j’ai vu récemment, qui s’est marquée en mon for intérieur, est plutôt le genre de mantra qui m’anime aujourd’hui.
Je m’engage donc à nouveau, ou pour la première fois.
À suivre le chemin qui est le mien sans chercher à contrôler,
À accepter l’inconfort ultime.






Commentaires