Leonora Carrington : L'Art, un voyage initiatique
- Alice Le Scouarnec

- il y a 19 heures
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Dernière mise à jour : il y a 58 minutes
Inspiration suite à la visite de l’exposition de Leonora Carrington au Musée du Luxembourg à Paris.
Cette exposition a été un véritable déclencheur. J’ai été profondément touchée par l’oeuvre de Leonora Carrington. Par la profondeur de son art, car en plongeant dans son univers, j'ai eu la sensation de plonger au plus profond de son Être. Mais aussi, car elle a réussi à réunir dans son oeuvre de multiples parts d'elle, son univers devenant l'expression de qui elle est véritablement. L’art, l’ésotérisme, le spirituel, le fantastique, l’imaginaire, le symbolique, le vivant, l'animal, l'amour, se retrouvent et prennent forme dans un tout d'une fabuleuse harmonie. Elle donne vie à sa vision, son monde, qui elle est, et l’expose au grand jour.
L’Art symbolique me touche particulièrement car il permet d’exprimer des choses et de toucher d'une manière que le réalisme ne permet pas, qu’il soit question de peinture ou de mots.
Si je prends l’exemple de l’usage des mots, qui m’est si familier dans l’expression de mon monde, ils figent la réalité et ainsi peuvent la diminuer, rendant l’exercice parfois complexe, et ce d’autant plus lorsqu’ils sont exprimés depuis un espace de densité mentale. Car l’énergie derrière les mots est extrêmement sensible. Elle habitera toujours ces derniers, influençant ainsi l’expérience vécue à leur contact.
La poésie est constituée de mots, avec une portée artistique telle qu’elle touche des parts de l’Être qui ne peuvent être touchées par le phrasé usuel. Et encore ici, sa portée et ce qu’elle éveillera chez son auditoire dépendra de l’espace à partir duquel elle est née au sein de l’Être qui l’a écrite. Il en est de même avec la peinture.
C’est ainsi que par l’Art, il est possible d’activer en soi et dans le monde des univers et des énergies qui ne demandent qu’à prendre vie. Des univers qui sont directement liés à ce qui est vécu intérieurement par l'artiste à l'instant précis de la création, et qui nourrissent ainsi : l’amour ou la douleur, la libération ou la contraction, la transcendance ou l’impuissance, l’amour de l’art ou le déversoir, et parfois, le passage du second au premier.
L’Artiste ne le sait d'ailleurs pas toujours consciemment, ne prenant pas toujours la mesure de sa responsabilité. Souvent l’expression par l’art est plus fort que la personne elle-même, tel un besoin vital et irrépressible de donner forme à ces parts de soi, ce monde intérieur. C’est plus fort qu’elle, plus grand qu'elle. Et en effet, lorsque nous plongeons dans la réalité subtile du processus d’émergence, il nous est possible de toucher la même immensité que celle de l’origine de la Vie.
Ce n’est pas pour rien que dans de nombreuses traditions et perceptions, la naissance et la création artistique sont liées, entre elles et à l’énergie sexuelle. L’expérience de la naissance, l’accouchement et la création sont toutes des expériences de naissance d’une entité, d’un être, d’une oeuvre, d’une part de soi. Naissance d'un autre et de soi en simultanée. Une expérience qui fait voyager au sein des mystères de la Vie. Une expérience à la fois vertigineuses et transcendantale.
Leonora Carrington parle d’un état de transe qu’elle vit lorsqu’elle crée. Un état parallèle, telle la transe mystique. Un état qui emmène dans d’autres contrées que celles qui nous sont directement accessibles par notre observation humaine. Un état qui ne peut être touché que par des sens subtils, des sens au-delà des cinq sens. Une réalité qui parait parfois si étrange lorsque l’on est habitué à la réalité purement terrestre, mais qui est si naturel, pourtant, pour les Êtres que nous sommes véritablement, dans notre entièreté.
Au-delà de ses oeuvres que nous pouvons observer, de son univers dans lequel nous plongeons tout au long de l’exposition, ce voyage nous propulse dans nos propres mystères alors que nous rencontrons les siens, ceux qu’elle exprime dans ses oeuvres. Naviguant dans l’exposition, il est possible de se sentir voguer au sein d’un monde qui est à la fois loin de ce qui semble exister en dehors des pièces visitées, et pourtant si vivant et réel au plus profond de nous. Ainsi s’éveille un autre monde, une autre réalité, un Soi qui souvent n’est pas présent. Un Soi plus grand et plus subtil que celui accessible au quotidien. Un Soi plus vivant. Le véritable Soi. Alors la Vie circule tant et si bien que la transe peut nous gagner, enivrés de toute cette Vie qui jaillit du plus profond de nous.
Son Oeuvre éveillera et touchera certainement tous les Êtres qui ont en eux cette même profondeur, ceux qui connaissent cette plongée dans l'expérience de la dualité, de la séparation et de l’amour véritable. Une profondeur qui naît du chemin de l’Être vers son essence, vers son unité, vers qui il est vraiment.
Ces Êtres là ne seront pas simplement touchés mais transportés, car toute personne qui porte en elle ce monde de l’Un, saura se reconnaître et, si elle ose, s’éveillera à elle-même en parcourant les pièces et en plongeant dans l’art d’une grande artiste et d’une grande mystique.
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Se sentir à la maison
Être chez soi
Avec sa famille
Ce monde à part
En marge
À la fois connecté à tous les temps
Et hors du temps
Comme animé d’un souffle de vie
Qui transporte vers d’autres contrées
Tout en offrant une plongée
Au plus profond de son intériorité.
Profondeurs animées et souvent cachées
Qui subitement s’éveillent
Au contact de ces autres
Qui sont soi
Qui sont nous
Et qui nous rappellent à nous
Autant qu’à plus grand que nous.
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Exposition jusqu’au 19 juillet 2026, Musée du Luxembourg, Paris






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